Tu es au resto avec des amis. Tout va bien, vous rigolez, l'ambiance est cool. Et puis le serveur arrive par derrière sans que tu ne l'entendes venir et poser ton assiette. Ton corps sursaute brusquement, ton cœur explose dans ta poitrine, tu as envie de pleurer ou de crier. Tes potes te regardent bizarrement en te disant : "Ça va ? C'est juste le serveur."
Oui. Tu sais que c'est juste le serveur. Ton cerveau le sait. Mais ton corps, lui, vient de vivre une attaque surprise et il a déjà appuyé sur tous les boutons d'alerte. Tu rentres chez toi en te disant encore une fois que tu n'es pas normal, que tu es trop sensible, que les gens normaux ne sursautent pas comme ça pour un serveur qui pose une assiette.
Mais sache que tu n'es pas bizarre. Ton corps ne fait qu'une réaction automatique suite à un ou plusieurs traumatisme(s) que tu as vécu dans le passé.
Aujourd'hui, on va comprendre ensemble comment un traumatisme se forme dans ton cerveau. Comment un événement du passé peut encore déclencher votre système d'alarme des années après. Et surtout, pourquoi ce n'est pas de ta faute.
Avant d'aller dans le vif du sujet, clarifications quelques choses ensemble. Parce que le mot "traumatisme" est utilisé un peu partout maintenant, et parfois ça crée de la confusion sur ce que c'est vraiment.
Un traumatisme n'est pas nécessairement un événement impressionnant
On pense à tous au traumatisme comme quelque chose de massif (accident, agression, catastrophe naturelle). Oui, ces événements peuvent créer des traumatismes. Mais tu peux aussi être traumatisée par des événements qui ont l'air "moins graves" aux yeux des autres.
Une humiliation répétée, un parent qui te crie dessus tous les soirs, une relation où tu marches sur des œufs en permanence, le harcèlement, l'abandon... Toutes ces choses que les gens ont tendance à minimiser en disant "oh c'est pas si grave, il y'a pire dans la vie" peuvent être traumatisantes.
Un traumatisme n'est pas juste un mauvais souvenir
Tu peux te rappeler d'événements horribles sans être traumatisée. Et à l'inverse, tu peux être traumatisée par des choses dont tu ne te souviens même plus. Ton système nerveux a encodé l'information différemment sur le moment.
Un traumatisme n'est pas une faiblesse
Avoir un traumatisme, ne veut pas dire que tu es fragile ou que tu ne sais pas gérer les événements difficiles. Ça veut tout simplement dire que ton système nerveux a fait son travail : te protéger.
Le moment où tout bascule
Il se passe quelque chose. Ça peut être brutal (un accident) ou progressif (des mois de relation toxique). Peu importe.
Ton cerveau se demande : "Est-ce que c'est dangereux ? "
Cette évaluation se fait dans une zone de ton cerveau qu'on appelle l'amygdale. C'est un peu comme ton détecteur de fumée personnel. Et comme tous les détecteurs de fumée, il est hyper sensible. Mieux vaut sonner l'alarme pour un toast cramoisi qui de te laisser bruler dans un incendie. Lorsque l'amygdale détecte un danger, elle déclenche une cascade de réactions dans ton corps dans le but de te permettre de survivre.
Les 3 réactions de survie : combat, fuite, figement
Ton système nerveux à trois options principales face au danger :
Combat : Tu te bats. Ton corps se prépare à l'action. Adrénaline à fond, muscles tendus. Tu deviens une lionne prête à défendre sa vie.
Fuite : Tu t'en vas. Tes jambes sont prêtes à courir plus vite que jamais.
Figement : Quand tu ne peux ni te battre ni fuir, ton système nerveux te fige. Tu te dissocie, tu te coupes de ton corps, tu deviens spectatrice de la situation. C'est la réponse du lapin face au renard : faire le mort pour peut-être survivre.
Ces trois réactions sont automatiques. Tu ne les contrôles pas. Ton cerveau reptilien (la partie la plus ancienne de ton cerveau) prend les commandes et court-circuite ta pensée rationnelle.
Ce qui fait qu'un événement devient traumatique
Alors attention : tous les événements stressants ne créent pas nécessairement de traumatisme . Alors qu'est-ce qui fait la différence ?
1. L'impossibilité de compléter la réponse de survie
Disons que ton corps veut fuir, mais tu ne peux pas car tu es coincée dans une voiture, ou dans une relation dont tu dépends financièrement, ou alors tu es mineure et tu ne peux pas partir de chez tes parents.
Cette énergie mobilisée pour fuir (ou combattre) reste bloquée dans ton système nerveux, ton corps a appuyé sur l'accélérateur à fond mais tu es conservé au point mort. Cette énergie non déchargée reste bloquée en toi.
2. Le manque de soutien après l'événement
Il t'arrive quelque chose d'horrible. Tu rentres chez toi et tu peux en parler à quelqu'un qui te croit, qui t'écoute et qui te dit "c'est normal que tu sois bouleversée". Ton système nerveux peut commencer à se calmer. Il reçoit le message : "c'est fini, tu es en sécurité maintenant".
Maintenant imagine : tu rentres et on te dit "c'est rien", "arrête d'exagérer", "il faut que tu passes à autre chose". Ou pire, tu n'as personne à qui parler. Ton système nerveux reste en alerte. Et le message qu'il reçoit c'est : "je dois continuer à me protéger toute seule, le danger n'est pas passé".
3. La répétition ou la durée
Un événement isolé, même intense, a moins de chances de créer un traumatisme complexe qu'une exposition répétée. Parce que ton cerveau commence à anticiper. Il se met en alerte permanente. Et il apprend que le monde est dangereux et qu'il faut toujours être sur ses gardes. C'est pour ça que les traumatismes de l'enfance (exposition répétée à un environnement imprévisible ou dangereux) créent souvent des impacts si profonds chez une personne.
4. L'âge et les ressources disponibles
Plus tu es jeune, plus ton cerveau est en formation, moins tu n'as de ressources pour faire face à un évènement traumatique. Un enfant de 5 ans n'a pas la même capacité de compréhension et de régulation qu'un adulte de 30 ans. Son cerveau encode différemment.
Concernant les ressources : est-ce que tu as déjà vécu d'autres traumatismes avant ? Est-ce que tu as un système de soutien autour de toi ? Est-ce que tu as appris des stratégies de régulation émotionnelle ? Tout ça joue énormément.
Ce qui se passe dans ton cerveau
Maintenant rentrons un peu plus dans les détails neuroscientifiques.
L'hippocampe déborde
L'hippocampe, est une structure cérébrale qui gère la cognition, la mémoire et l'apprentissage. Son job, c'est de prendre tes expériences et de les ranger proprement avec un contexte : "ceci s'est passé à tel endroit, à tel moment, c'est terminé maintenant".
Mais quand tu vis un événement traumatisant, l'hippocampe est submergé. Il a trop d'hormones de stress (cortisol et adrénaline), et il ne peut plus faire son travail correctement.
Résultat ? Le souvenir n'est pas rangé comme un souvenir normal. Il est fragmenté, désordonné. Il est stocké comme si c'était encore en train de se passer.
L'amygdale reste en alerte maximale
Pendant ce temps, ton amygdale (le détecteur de fumée) a enregistré tous les détails de la situation dangereuse. Le son, l'odeur, le contexte, les sensations. Et elle a créé des associations : "quand je sens cette odeur = danger", "quand quelqu'un parle sur ce ton = danger".
Et contrairement à ton hippocampe qui galère, ton amygdale elle, fonctionne à merveille. Elle grave ces associations dans le marbre. Votre système de détection devient hypersensible.
Le cortex préfrontal est mis hors ligne
Ton cortex préfrontal, c'est la partie "rationnelle" de ton cerveau. Celle qui réfléchit, qui analyse, qui relativise. En situation de danger extrême, il se déconnecte partiellement. Parce que réfléchir de manière rationnelle face à un danger immédiat, ce n'est pas facile. Mieux vaut réagir vite que réfléchir longtemps.
Le problème est que si ce mode "urgence" reste activé longtemps après l'événement, tu continues à fonctionner avec un cortex préfrontal diminué. D'où l'impression de ne pas réussir à "raisonner" tes peurs, de savoir intellectuellement que tu es en sécurité mais de ne pas du tout le ressentir.
Le traumatisme s'installe
Bienvenue dans le monde des déclencheurs
Maintenant, ton Amygdale surveille en permanence. Et dès qu'elle détecte quelque chose qui ressemble, même de loin, à la situation dangereuse, elle déclenche une alarme.
Une odeur, une ton de voix, une situation qui rappelle vaguement le ou les événements traumatiques. Et là, ton corps réagit comme si le danger était à nouveau en train de se produire.
C'est pour ça que tu peux avoir une réaction disproportionnée face à une situation qui objectivement, n'est pas dangereuse. Ton cerveau reptilien a pris les commandes et il a appuyé sur le bouton "SURVIE".
La généralisation
Plus le temps passe sans résolution, plus ton cerveau généralise. Au début, c'était peut-être une situation très spécifique. Mais petit à petit, de plus en plus de situations deviennent « dangereuses » aux yeux de ton amygdale.
C'est comme si ton détecteur de fumée devenait de plus en plus sensible. Au début, il sonne pour un vrai incendie. Puis pour un toast cramé, puis pour la vapeur de ta douche et pour finir un peu près n'importe quoi.
L'évitement
Face à tout ça, tu développes naturellement des stratégies d'évitement. Tu évites les situations, les lieux, les personnes qui pourraient déclencher cette alarme.
Le problème c'est que plus tu évites, plus ton cerveau se dit "ah bah oui, c'est vraiment dangereux puisque tu continues à l'éviter". L'évitement renforce le message de danger. C'est un cercle vicieux...
Les différents types de traumatismes
Tous les traumatismes ne se ressemblent pas.
Le traumatisme unique
Un événement ponctuel et intense : accident, agression, catastrophe naturelle etc... C'est ce à quoi on pense en premier quand on dit "traumatisme". L'impact peut être énorme, mais il y a un début, un milieu et une fin claire.
Le traumatisme complexe
C'est l'accumulation. Les événements qui, pris individuellement, ne semblent « pas si graves » mais qui, répétés encore et encore, créent un impact profond. (Ex : l'enfance dans un environnement négligent ou imprévisible, la relation toxique qui dure des années, le harcèlement au travail).
Ce type de traumatisme est souvent minimisé, et incompris par la personne elle-même. "C'est pas comme si j'avais vécu quelque chose de vraiment horrible." Sauf que si. L'accumulation de « petits » traumatismes crée souvent des blessures plus complexes qu'un événement unique.
Le traumatisme développemental
C'est quand le traumatisme arrive pendant que ton cerveau est encore en train de ce former. Ces traumatismes là sculptent ton cerveau en développement. Ils façonnent ta façon de voir le monde, l'image que tu as de toi-même et comment tu te comportes dans tes relations
Le traumatisme transgénérationnel
Et là, ça devient vraiment fascinant (et un peu terrifiant). Tu peux porter des traumatismes que tu n'as même pas vécus directement. Ceux de tes parents, de tes grands-parents, de tes arrières grands-parents et parfois même au-delà.
La science a prouvé que les traumatismes peuvent se transmettre par ce qu'on appelle l'épigénétique. En gros, un événement traumatique vécu par ta grand-mère (guerre, génocide, famine, violence extrême) peut modifier l'expression de certains de ses gènes. Et ces modifications peuvent être transmises de générations en générations.
Tu n'hérites pas vraiment du traumatisme lui-même, mais plutôt d'un système nerveux déjà câblé pour l'hypervigilance, d'une sensibilité accrue au stress, d'une réactivité émotionnelle plus intense.
Tu connais peut-être cette sensation bizarre d'avoir peur de quelque chose sans raison "rationnelle", Cette anxiété qui semble venir de nulle part. Parfois, elle ne vient pas de nulle part., elle vient de trois générations en arrière.
Et puis il y a aussi la transmission par les comportements et l'attachement. Une mère peut donner une éducation à ses enfants qui est inconsciemment basée sur son ou ses traumatisme(s). Elle peut être hyper-protectrice, ou au contraire émotionnellement distante. Elle transmet, sans le vouloir, des schémas de peur, de méfiance, de survie. L'enfant grandit dans cet environnement et intègre ces comportements comme étant normaux.
Le truc avec les traumatismes transgénérationnels, c'est qu'ils sont souvent invisibles. Personne ne t'a raconté l'histoire de ceux qui t'ont précédé. Personne n'en parle à table le dimanche. Mais ton corps, lui, le sait. Ton système nerveux porte encore cette ou ces mémoire(s).
Ton traumatisme est somatique
Ton traumatisme ne vit pas seulement dans ta tête, il vit dans ton corps, dans tes tensions musculaires chroniques, dans ton souffle coupé, dans ton ventre noué, dans ta mâchoire serrée, dans ton dos qui fait mal sans raison médicale apparente.
Parce que souviens toi, ton corps s'était préparé à combattre, à fuir ou à se figer. Cette énergie mobilisée, si elle n'a pas été déchargée sur le moment, elle reste stockée dans tes tissus, tes muscles, ton système nerveux.
Le traumatisme se manifeste souvent par des symptômes physiques :
-Des douleurs chroniques
-Des troubles digestifs
-Des problèmes de sommeil
-Des tensions musculaires
-Une fatigue inexpliquée
-Des problèmes de respiration
-Une sensibilité sensorielle accrue
Ton médecin ne trouve rien lors des examens médicaux parce que le problème n'est pas une maladie physique classique. C'est un système nerveux qui est resté bloqué en mode survie.
Pourquoi c'est si difficile de "juste en parler" ?
On entend souvent "va voir un psy, parle de ce qui t'est arrivé, ça va te faire du bien". C'est un bon début mais ce n'est pas suffisant.
La mémoire traumatique est préverbale
Le traumatisme est encodé dans des parties anciennes de ton cerveau. Celles qui existaient bien avant le langage. Ton amygdale et ton système nerveux autonome ne parlent pas français. Ils parlent en sensations, en images fragmentées, en réactions corporelles.
C'est pour ça que parfois tu n'arrives pas à mettre des mots sur ce que tu ressens. Ou que raconter l'événement te réactive complètement. Ou alors que tu peux raconter ton histoire d'une voix plate, comme si tu parles de quelqu'un d'autre, tout en étant complètement détachée.
Le langage arrive après
Pour que parler aide vraiment, il faut d'abord que ton système nerveux se calme un minimum. Il faut d'abord que tu te sentes suffisamment en sécurité pour que ton cortex préfrontal se reconnecte. Sinon, raconter ton traumatisme, c'est juste te réexposer à la situation sans avoir les ressources pour la traiter différemment.
C'est pour ça que les approches efficaces pour le traumatisme combinent souvent travail sur le corps et travail verbal. Il faut d'abord créer la sécurité dans ton système nerveux avant de pouvoir vraiment intégrer l'expérience.
La bonne nouvelle, ton cerveau peut changer
La neuroplasticité
Ton cerveau a la capacité de créer de nouvelles connexions, de désapprendre les anciennes associations, de se réorganiser. C'est ce qu'on appelle la neuroplasticité. Et elle fonctionne tout au long de ta vie.
Les connexions qui t'ont traumatisé ont créé (situation X = danger). Et elles peuvent être remplacées par de nouvelles connexions (situation X = je suis en sécurité maintenant, je peux gérer).
Le traumatisme se guérit
Pas tout seul. Pas en claquant des doigts. Pas en "pensant positif". Mais avec les bons outils, le bon accompagnement et du temps. Car oui, le traumatisme peut se guérir.
On peut apprendre à ton système nerveux à sortir du mode survie. On peut aider ton hippocampe à ranger correctement le souvenir avec un contexte "c'était dans le passé, c'est fini maintenant". On peut désensibiliser l’amygdale. On peut aider ton corps à décharger cette énergie coincée.
Voici une liste de professionnels qui pourraient t’accompagner dans ce processus de guérison :
-
Thérapeute spécialisé en trauma : travaille spécifiquement sur les blessures traumatiques, en combinant corps et psyché.
-
Psychologue clinicien / psychothérapeute formé au trauma : aide à comprendre les mécanismes internes et à apaiser le système nerveux grâce à des approches validées.
-
Psychiatre : médecin spécialisé dans la santé mentale pouvant évaluer, diagnostiquer et prescrire si nécessaire.
-
Praticien EMDR / IMO : utilise le mouvement oculaire pour retraiter les souvenirs traumatiques et réduire les réactions automatiques.
-
Thérapeute en somatic experiencing (SE) : travaille directement avec les sensations corporelles pour libérer l’énergie de survie restée bloquée.
-
Thérapeute sensorimoteur : intègre le corps et la psychologie pour traiter les traumatismes profondément enracinés.
-
Praticien en thérapie polyvagale : aide à apaiser le système nerveux autonome et retrouver un sentiment de sécurité intérieure.
-
Hypnothérapeute : utilise l'hypnose pour accéder aux mémoires implicites et favoriser la régulation.
-
Kinésithérapeute : travaille sur les tensions et blocages corporels liés au stress et/ou au trauma.
-
Ostéopathe spécialisé en libération tissulaire : aide à relâcher les mémoires corporelles stockées dans les tissus.
-
Massothérapeute spécialisé en libération émotionnelle : travaille sur les tensions somatiques et favorise l'apaisement nerveux.
Récap : comment naît un traumatisme
1.Il se passe un événement que ton système perçoit comme une menace pour ta survie
2.Ton système nerveux active une réponse de survie (combat/fuite/figement)
3.Cette réponse ne peut pas être complétée (tu ne peux ni te battre, ni fuir, ou tu te figes)
4.L'énergie mobilisée reste coincée dans ton corps
5.Ton hippocampe range mal le souvenir (il le classe comme "en cours" au lieu de "terminé")
6.Ton amygdale grave des associations danger et devient hypersensible
7.Ton système nerveux reste en alerte même après que le danger soit passé
8.Des déclencheurs réactivent la réponse de survie même en situation sûre
Voilà. C'est comme ça que naît un traumatisme. Non pas parce que tu es faible, mais parce que ton système de survie a fait exactement ce qu'il devait faire pour te maintenir en vie. Et qu'il a simplement oublié d'éteindre l'alarme après.
Si tu sens que cet article t'a parlé, que certaines prises de conscience ont émergé en toi ou que tu t'es reconnue dans certains passages, je t'invite à partager ton ressenti en commentaires. Tes mots peuvent éclairer quelqu'un d'autre, ouvrir une nouvelle perspective ou simplement créer un espace où l'on se sent moins seule. Dis-moi ce que tu en as pensé, ce que tu retiens, et ce que tu souhaites explorer davantage.
Abonne-toi pour recevoir les nouveaux articles directement. Comme ça, tu ne rateras rien de notre voyage de guérison ensemble.
0 commentaire