Les 5 blessures de l'âme : La blessure de l'injustice

Une femme noire assise seule à son bureau, l’air préoccupé, travaille sur un ordinateur portable tandis qu’un groupe de collègues échange et rit derrière elle lors d’une réunion, illustrant un sentiment d’exclusion et d’injustice au travail.

Tu es au travail. Ton collègue arrive en retard pour la troisième fois cette semaine, personne ne dit rien. Toi, tu arrives exceptionnellement avec cinq minutes de retard à cause d'un accident sur la route et ton manager te fait une petite remarque devant tout le monde sur le ton de la rigolade “la prochaine fois il faut partir plus tôt de chez soi hahaha”. Tu vis cette remarque comme une injustice. Tu sens la colère monter. "C'est pas juste." "Pourquoi c'est toujours sur moi qu'on tape ?"

Tu rentres chez toi, cette injustice te ronge. Mais ce n'est pas juste cette injustice-là. C'est toutes les injustices que tu as vécues depuis toujours. Tu repasses la scène dans ta tête, mais aussi toutes les autres fois où tu as été traitée injustement. "C'est l'histoire de ma vie. Je suis toujours celle sur qui on s'acharne."

Le soir, ton partenaire oublie de faire la vaisselle comme convenu. Toi, tu as fait les courses, préparé le dîner, rangé le salon. Et lui ? Rien. Tu exploses. "C'est toujours pareil ! Je fais tout et personne ne reconnaît mes efforts ! Je suis la bonne de cette maison ! Tout le monde profite de moi !"

Il te regarde, surpris par la violence de ta réaction. "C'est juste de la vaisselle, je vais la faire maintenant." Mais pour toi, ce n'est jamais "juste" quelque chose. C'est une preuve de plus que tu es une victime, que le monde est injuste avec toi.

Tu passes ta soirée à lui expliquer combien tu souffres, combien tu te sacrifies, combien personne ne reconnaît tes efforts. Tu te noies dans ta propre victimisation, incapable de voir autre chose que ton malheur. Et au fond, une petite partie de toi s'y accroche, parce que ce rôle de victime est devenu ton identité.

Ce besoin de te sentir victime, cette incapacité à lâcher prise sur les injustices, cette façon de transformer chaque événement en preuve que le monde est contre toi, cette conviction profonde que tu es condamnée à souffrir, vient de ce qu'on appelle la blessure de l'injustice.

Aujourd'hui, on va explorer ensemble comment cette blessure se forme dans l'enfance, comment elle te piège dans un rôle de victime perpétuelle, et pourquoi ta souffrance est devenue ton identité.

C'est quoi exactement, la blessure de l'injustice ?

La blessure de l'injustice, ce n'est pas simplement avoir un sens aigu de la justice ou vouloir que les choses soient équitables. C'est une sensibilité extrême à toute forme d'inégalité, une incapacité à tolérer le moindre traitement différencié, une rigidité mentale qui transforme ta vie en tribunal dans lequel tu es constamment la victime.

C'est cette voix intérieure qui te répète : "Ce n'est pas juste." "Pourquoi lui et pas moi ?" "Je ne mérite pas ça." "Il faut que justice soit faite." “C’est toujours sur moi que ça tombe.”

La blessure de l'injustice touche ton droit de recevoir ce que tu mérites, ton droit d'être traité équitablement. Elle peut affecter ton rapport aux règles, à l'autorité, aux autres et à toi-même.

C'est une hypersensibilité à l'injustice qui imprègne tous les aspects de ton existence. Elle crée une conviction profonde que le monde est fondamentalement injuste et que tu dois constamment lutter pour obtenir ce qui t'est dû.

La différence entre vivre une injustice et s'identifier comme victime

Vivre une injustice

Tout le monde vit des injustices. C'est normal de se sentir blessé quand on est traité injustement, de se révolter, de vouloir que les choses changent. C'est même sain de reconnaître qu'une situation est injuste.

Tu peux vivre une injustice, exprimer ta colère, lutter pour tes droits, puis une fois la situation réglée ou acceptée, passer à autre chose et continuer à vivre pleinement.

S'identifier comme une perpétuelle victime 

Quand tu portes la blessure de l'injustice, l'injustice devient qui tu es. Ce n'est plus "j'ai vécu une injustice", c'est "je suis une victime". Ta souffrance devient ton identité.

Chaque nouvelle situation est interprétée à travers ce prisme. Chaque petit désagrément devient la preuve que tu es une victime. 

Et le pire, c'est qu'une partie de toi s'accroche à ce rôle. Parce que sans cette souffrance, sans ces injustices, qui serais-tu ? Ta victi­misation est devenue ta raison d'être.

Cette blessure touche ton droit d'être heureuse. Elle te fait croire que le bonheur n'existe pas pour toi, que tu es condamnée à souffrir, que ta valeur réside dans ton sacrifice et ta souffrance.

Comment naît la blessure de l'injustice ?

La blessure d'injustice se forme principalement entre 4 et 6 ans, pendant la phase où l'enfant développe sa compréhension des règles, de l'équité et de la justice. C'est la période où il commence à comparer ce qu'il reçoit avec ce que les autres reçoivent, à comprendre les notions de mérite et de récompense.

C'est aussi l'âge où l'enfant construit son sens moral et sa capacité à intégrer les normes sociales. C'est une période critique pour le développement de la notion de justice.

Les situations qui créent la blessure

La blessure de l'injustice ne naît pas nécessairement d'une seule grande injustice. Elle peut se former dans des situations subtiles mais répétées.

1. Le favoritisme parental

C'est la source la plus fréquente. Un parent qui a clairement un enfant préféré. Le frère ou la sœur qui a droit à tout : plus d'attention, plus de cadeaux, plus de permissions, plus d'indulgence.

Tu vois cette différence de traitement tous les jours. Lui fait une bêtise, c'est "pas grave". Toi tu fais la même chose, tu es puni sévèrement. Lui veut quelque chose, il l'obtient. Toi tu demandes, on te dit non.

L'enfant apprend que l'amour et l'attention ne sont pas équitablement distribués. Que certains méritent plus que d'autres sans raison apparente. Quoi qu'il fasse, il ne sera jamais assez bien pour recevoir autant.

Le message intériorisé : "Je ne recevrai jamais ce que je mérite. Les autres auront toujours plus que moi. Ce n'est pas juste."

2. Les exigences démesurées

Un parent extrêmement exigeant qui demande la perfection. Tu ramènes un 18/20, il demande pourquoi tu n'as pas eu de 20. Tu ranges ta chambre, ce n'est jamais assez bien. Tu fais de ton mieux, c'est toujours insuffisant.

Pendant ce temps, tu vois d'autres enfants qui ne font pas d'efforts et qui reçoivent quand même de l'amour et de la reconnaissance de la part de leurs parents.

L'enfant apprend qu'il doit se tuer à la tâche pour obtenir des miettes pendant que d'autres reçoivent beaucoup sans effort. Son travail, ses efforts ne sont jamais reconnus à leur juste valeur.

Le message reçu : "Je dois être parfait pour mériter quelque chose. Même en étant parfait, ce ne sera jamais assez. C'est injuste."

3. Le parent victime 

Un parent qui souffre lui-même de cette blessure et qui se plaint constamment. "La vie est si dure." "Personne ne m'aide." "Je me sacrifie pour vous et vous ne le voyez même pas." "Je fais tout et on me traite mal."

L'enfant grandit en entendant ce discours de victimisation permanente. Il apprend que c'est normal de se plaindre, que la vie est effectivement injuste et que le rôle d'adulte c'est d'être une victime qui se sacrifie.

Il intériorise ce modèle et reproduit le même schéma. La victimisation devient alors un héritage familial.

Le message reçu : "La vie est une suite d'injustices. Les adultes souffrent et se sacrifient. C'est mon destin aussi."

4. Les punitions arbitraires

Un parent qui punit sans logique apparente. Un jour, il laisse passer. Le lendemain, il explose pour la même chose. Tu ne sais jamais ce qui va provoquer une punition.

Ou pire, tu es puni pour quelque chose que tu n'as pas fait. Ou tu es puni alors que ton frère ou ta sœur a fait la même chose et n'a rien eu.

L'enfant vit dans une confusion permanente. Il ne comprend pas ce qu'il a fait de mal. Il ne peut pas anticiper les conséquences de ses actes. Il développe un sentiment profond d'injustice face à ces punitions incompréhensibles.

Le message : "Je suis puni sans raison. Les règles changent selon l'humeur des adultes. C'est profondément injuste."

5. Les constantes comparaisons 

Un parent qui te compare constamment aux autres. "Pourquoi tu n'es pas comme ton frère ?" "Regarde la fille des voisins, elle est première de sa classe." "Ton cousin est bien plus mature que toi."

Ces comparaisons créent un sentiment d'infériorité permanent. L'enfant a l'impression de ne jamais être à la hauteur, de toujours être jugé par rapport à un standard extérieur qu'il ne peut atteindre.

Le message : "Je ne serai jamais assez bien. On me juge injustement en ne voyant que mes défauts. C'est injuste."

6. L'inégalité de genre, le racisme ou autre discrimination

Des règles différentes selon le genre ou les origines ethniques. Les garçons ont le droit de sortir, pas les filles. Les petites filles aux cheveux “texturés" se font humilier parce qu’elles n’ont pas les cheveux lisses, les garçons “racisés” qui subissent des contrôles au faciès très jeunes. Ou toute autre forme de discrimination basée sur des critères arbitraires.

L'enfant vit cette injustice au quotidien. Il voit que les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde, que certains ont plus de droits que d'autres pour des raisons qui lui échappent.

Cette injustice systémique crée une révolte profonde et un besoin de lutter constamment contre toute forme d'inégalité.

Les manifestations de la blessure à l'âge adulte

Cette blessure ne disparaît pas en grandissant. Au contraire, elle s'amplifie et devient le prisme à travers lequel tu vois toute ta vie.

1. L'identité de victime 

Tu es devenue une victime professionnelle. Quel que soit ce qui t'arrive, tu es toujours celle qui souffre le plus, celle qui est maltraitée, celle sur qui le monde s'acharne.

Tu as une collection infinie d'histoires qui prouvent combien tu es une victime. Ton enfance difficile, tes ex qui t'ont fait souffrir, tes collègues qui te harcèlent, ton patron qui te traite injustement, tes amis qui profitent de toi.

Mais ce qui est terrible, c'est que sans cette victimisation constante, tu ne sais plus qui tu es. Ta souffrance est devenue ton identité.

2. Le besoin de raconter tes souffrances

Tu ne peux pas t'empêcher de raconter combien tu souffres. Chaque conversation devient une occasion de te plaindre. "Tu ne sais pas ce qui m'est arrivé encore..." "Personne ne comprend à quel point c'est dur pour moi..."

Tu as besoin que les gens sachent combien tu souffres. Parce que ta souffrance te donne l’impression d’avoir de la valeur, de l'importance.

3. La comparaison constante

Tu compares tout, tout le temps. Ton salaire avec celui de tes collègues. Les tâches que tu fais à la maison versus celles de ton partenaire. Ce que tu donnes dans tes amitiés versus ce que tu reçois.

Tu tiens des comptes mentaux précis. Tu sais exactement qui t'a invité combien de fois, qui a payé quoi, qui a fait quoi pour qui. Et tu t'assures que tout est équitable.

4. Le refus d'aller mieux

C'est le paradoxe terrible de cette blessure : tu te plains constamment de souffrir, mais tu refuses toute solution qui pourrait améliorer ta situation.

On te propose de l'aide ? "Ça ne marchera pas pour moi, ma situation est différente." On te suggère des changements ? "Tu ne comprends pas, je ne peux pas." On t'encourage ? "C'est facile à dire pour toi."

Au fond, tu as besoin de ta souffrance. Elle est devenue ton identité. Si tu allais mieux, qui serais-tu ? Une partie de toi préfère souffrir et se plaindre plutôt que guérir et perdre cette identité.

5. Le sacrifice excessif 

Tu te sacrifies constamment. Tu en fais toujours plus que les autres alors qu’ils ne t’ont rien demandé. Mais ce n'est pas par générosité, c'est pour pouvoir ensuite te plaindre.

"Je fais tout dans cette maison." "Je me tue au travail pendant que les autres se la coulent douce." "Je suis toujours celle qui donne sans jamais recevoir."

Tu as besoin de ces preuves de sacrifice pour alimenter ton identité de victime. Plus tu te sacrifies, plus tu peux te plaindre, plus tu es une victime légitime.

6. L'interprétation en ta défaveur

Tout ce qui t'arrive est interprété comme une preuve que le monde est contre toi. Quelqu'un ne te rappelle pas ? C'est parce qu'on ne te respecte pas. Ton patron te fait une remarque ? C'est du harcèlement. Ton partenaire oublie quelque chose ? C'est parce qu'il s'en fout de toi.

Tu ne peux pas voir les choses de manière neutre ou nuancée. Tout est une attaque, tout est une injustice, tout prouve que tu es une victime.

Cette grille de lecture systématiquement négative renforce ta conviction d'être persécutée.

7. L'incapacité à se réjouir du bonheur des autres

Quand quelqu'un autour de toi est heureux, ça te met mal à l'aise. Parce que ça contraste avec ta souffrance. Alors tu ramènes la conversation à toi, à tes problèmes.

"Ah tu es heureuse ? Bon bah moi pendant ce temps il m’arrive ça..." Tu ne peux pas laisser quelqu'un être heureux sans leur rappeler que toi, tu souffres.

Ou pire, tu minimises leur bonheur : "Attends de voir, ça va mal finir." Parce que si les autres peuvent être heureux, ça signifie que toi aussi tu pourrais. Et ça remet en cause ton identité de victime.

8.  La jalousie

Quand tu vois quelqu'un recevoir quelque chose que tu n'as pas, tu es jalouse. Non pas par envie, mais parce que c'est injuste. "Pourquoi lui et pas moi ?" "Qu'est-ce qu'il a fait de plus que moi pour avoir ça ? C’est pas juste."

Tu as du mal à te réjouir du bonheur des autres parce que tu le perçois comme une preuve supplémentaire que le monde est injuste.

9. Les conflits constants

Tu es souvent en conflit avec les autres. Parce que tu ne peux pas laisser passer une injustice, tu dois toujours corriger, rectifier, rétablir l'équité.

Les gens te trouvent chiante, rigide, toujours en train de râler. Mais toi, tu ne fais que défendre ce qui est juste.

10. La rigidité mentale

Tu es incapable de nuancer les choses. C’est noir ou blanc, justes ou injustes, bien ou mal. Il n'y a pas de zone grise.

Les règles doivent être appliquées à la lettre. Toute exception te dérange profondément. Tu ne comprends pas pourquoi les autres n’ont pas comme toi une vision binaire du monde.

Comment reconnaître si tu portes cette blessure ?

Voici quelques questions à te poser. Si tu réponds oui à plusieurs d'entre elles, il y a de fortes chances que tu portes cette blessure.

  • As-tu le sentiment que le monde est particulièrement injuste avec toi ?

  • As-tu du mal à tolérer les erreurs, les tiennes ou celles des autres ?

  • Es-tu hypersensible aux inégalités et aux injustices ?

  • Compares-tu constamment ce que tu donnes et ce que tu reçois ?

  • As-tu tendance à tout justifier et argumenter ?

  • Es-tu rigide sur les règles et les principes ?

  • Racontes-tu constamment tes souffrances et tes injustices ?

  • Te sens-tu souvent victime d'injustice ?

  • Es-tu souvent en conflit avec les autres à cause de questions de justice ?

  • Interprètes-tu systématiquement les événements comme preuves que tu es une victime ?

  • Te surmènes-tu constamment sans recevoir ce que tu estimes mériter ?

  • Te sens-tu mal à l'aise quand tu es heureuse ou quand tout va bien dans ta vie ?

  • Refuses-tu les solutions qu'on te propose en expliquant pourquoi ça ne marchera pas pour toi ?

Le lien avec les d’autres blessures

Injustice + Rejet

Le rejet touche ton droit d'exister. Couplé à l'injustice, il crée la conviction que tu es injustement rejeté alors que tu fais tout parfaitement. Que quoi que tu fasses, ce ne sera jamais assez pour être accepté.

Injustice + Abandon

L'abandon touche la peur d'être seul. Couplé à l'injustice, il crée la conviction que les gens partent injustement alors que tu as tout donné. Que tu ne reçois pas l'amour que tu mérites malgré tous tes efforts.

Pourquoi c'est si difficile d'en guérir ?

Ta souffrance est ton identité

C'est le paradoxe central : tu veux arrêter de souffrir, mais sans ta souffrance, qui es-tu ? Toute ta personnalité s'est construite autour de cette identité de victime.

Guérir signifierait renoncer à qui tu es. C'est comme mourir pour renaître. Une partie de toi préfère continuer à souffrir plutôt que de perdre cette identité.

Tu as trop souvent raison... Le monde est très injuste

Le problème, c'est que souvent, tu as effectivement raison sur les faits. Cette injustice que tu pointes existe vraiment. Ces inégalités sont réelles.

Mais parfois, à cause de cette blessure, tes réactions sont disproportionnées. Et comme tu as raison sur le fond, tu as du mal à accepter que tes réactions peuvent parfois poser problème. 

La peur de l'inconnu

Tu connais la souffrance. Tu la maîtrises. Tu sais comment être une victime. C'est familier, même si c'est douloureux.

Guérir, c'est entrer dans l'inconnu. Qui serais-tu sans ta souffrance ? Comment existeras-tu ? Cette incertitude est souvent terrifiante.

Les chemins de la guérison

Guérir la blessure de l'injustice est probablement le travail le plus difficile qui soit, parce qu'il demande de renoncer à ton identité. 

Reconnaître la blessure

Le premier travail, c'est de reconnaître que ta sensibilité à l'injustice est disproportionnée. Que tu réagis à des blessures passées, pas seulement à ce qui se passe à l'instant T.

Identifier d'où vient cette blessure. Qui t'a fait sentir que tu ne recevrais jamais ce que tu mérites ? Quand ? Comment ? Comprendre que certaines de tes réactions étaient adaptées à l'époque pour survivre, mais qu'elles ne le sont plus aujourd'hui.

Apprendre la flexibilité

Commencer à accepter les nuances, les zones grises. Tout n'est pas blanc ou noir. Une situation peut être un peu injuste sans être catastrophique. Quelqu'un peut faire une erreur sans être une mauvaise personne.

Pratiquer la flexibilité sur des petites choses. Laisser passer un détail qui n'est pas parfait. Accepter qu'une règle soit appliquée différemment selon le contexte. Et constater que tu ne vas pas t'effondrer.

Communiquer sans accuser

Apprendre à exprimer tes besoins sans transformer chaque conversation en procès. Dire "j'aimerais plus d'aide" plutôt que "tu ne fais jamais rien, ce n'est pas juste".

Parler de tes ressentis plutôt que de prouver que l'autre a tort. Créer du dialogue plutôt que du conflit.

Responsabilité sans culpabilité

Apprends à prendre ta part de responsabilité dans ta vie sans te culpabiliser. Tu n'es pas responsable de ce qui t'est arrivé, mais tu es responsable de ce que tu en fais maintenant.

Cette responsabilité est libératrice. Elle te redonne du pouvoir. Tu passes de victime passive à actrice de ta vie.

Apprendre à exister autrement

Commence à construire une identité qui ne repose pas sur ta souffrance. Qui es-tu en dehors de tes blessures ? Quelles sont tes qualités ? Tes passions ? Tes forces ?

Développe des aspects de toi qui n'ont rien à voir avec ton histoire douloureuse. Crée une nouvelle narration de qui tu es.

Accepter que la vie n'est pas juste

Au final, guérir de la blessure de l'injustice, c'est accepter que la vie n'est effectivement pas toujours juste. Certaines personnes reçoivent beaucoup sans forcément le mériter. Les efforts ne sont pas toujours récompensés équitablement.

Mais cette réalité ne signifie pas que tu dois te battre contre chaque petite inégalité. Tu peux choisir tes combats, lâcher prise sur le reste, et vivre plus légèrement.

Thérapie et accompagnement

Un accompagnement thérapeutique est nécessaire pour cette blessure. Les thérapies corporelles pour assouplir la rigidité physique et mentale, la thérapie cognitivo-comportementale pour déconstruire les schémas de pensée rigides et victimaires, l'EMDR pour traiter les traumatismes d'injustice, et l'analyse transactionnelle pour sortir du triangle dramatique victime-persécuteur-sauveur.

Conclusion

La blessure de l'injustice pose une question philosophique dérangeante : si nous sommes ce que nous répétons, et que tu répètes constamment que tu es une victime, alors tu deviens effectivement une victime. Non pas parce que le monde te victimise nécessairement, mais parce que tu t'es enfermée dans ce rôle. C'est une forme d'auto-réalisation prophétique où tu crées ce que tu prétends subir.

Il y a aussi quelque chose de fascinant dans le fait que cette blessure transforme l'injustice réelle en arme. Tu as probablement vécu de vraies injustices, mais au lieu d'en guérir, tu les utilises maintenant comme un bouclier contre la vie, comme une excuse pour ne jamais vraiment te montrer, comme un moyen de manipuler les autres par la culpabilité. L'enfant blessé que tu étais est devenu un adulte qui blesse à son tour, mais de façon plus subtile, plus insidieuse.

Ce qui est peut-être le plus tragique dans cette blessure, c'est qu'elle te vole ta propre histoire. Ton récit de vie se réduit à une liste d'injustices subies, comme si rien d'autre ne s'était jamais passé. Les moments de joie ? Oubliés. Les réussites ? Minimisées. Les actes de générosité des autres envers toi ? Invisibles. Ta mémoire est devenue sélective, ne conservant que ce qui nourrit ton identité de victime. Tu as réécrit ton histoire pour qu'elle corresponde au personnage que tu as décidé d'incarner.

Et puis il y a cette vérité inconfortable que personne n'ose dire : une partie de toi ne veut pas guérir. Parce que guérir signifierait perdre ce qui te rend spéciale, ce qui justifie tous tes échecs et toutes tes limitations. Guérir signifierait devenir responsable de ta vie. Et ça, ça te terrifie bien plus que de continuer à souffrir. Parce que dans la souffrance, au moins, tu as une excuse. Dans la guérison, tu n'en as plus.

Ce qui rend cette blessure particulièrement complexe, c'est qu'elle existe dans un monde qui valorise de plus en plus le statut de victime. Nous vivons dans une époque où montrer sa souffrance peut apporter reconnaissance, soutien, même privilèges. Les réseaux sociaux récompensent la victimisation avec des likes et des commentaires compatissants. La société te dit que ton identité de victime est valide, qu'elle doit être respectée. Dans ce contexte, guérir devient presque un acte de rébellion. C'est refuser de participer à cette course à celui qui souffre le plus.

Mais voici peut-être la chose la plus importante à comprendre : ce n'est pas ta faute si tu portes cette blessure mais c’est ta responsabilité d’en guérir. Ce qui t'est arrivé n'était pas juste, et tu as légitimement souffert. Mais maintenant, des années plus tard, continuer à faire de cette souffrance ton identité est un choix. Un choix inconscient peut-être, un choix difficile à reconnaître, mais un choix quand même. Et reconnaître ce choix, c'est aussi reconnaître que tu peux en faire un autre.

La vraie libération commence quand tu comprends que tu peux accepter ce qui t'est arrivé sans en faire le centre de ton existence. Que tu peux porter tes cicatrices sans les exhiber constamment. Que tu peux être forte et blessée, heureuse et marquée par le passé, en paix et consciente des injustices. Ce n'est pas l'un ou l'autre, c'est les deux en même temps. C'est accepter la complexité de l'expérience humaine au lieu de la réduire à un rôle unique.

Demande toi un instant : qui serais-tu si tu n'étais plus une victime ? Qu'est-ce que tu ferais de ta vie si tu ne passais plus ton temps à te plaindre et à chercher des injustices ? Quelle énergie tu aurais si tu ne la gaspillais plus à ressasser le passé ? Ces questions te font peut-être peur parce qu'elles ouvrent un vide vertigineux. Mais c'est dans ce vide que se trouve ta vraie liberté, ta vraie identité, celle qui n'a jamais eu l'occasion de s'exprimer parce qu'elle était étouffée par ton rôle de victime.

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