Tu es en soirée avec des amis. Tout le monde parle, rigole, interagit. Tu essaies de participer à la conversation, tu commences une phrase et... personne ne réagit. Comme si tu n'avais rien dit. La conversation continue sans toi. Tu tentes à nouveau, même résultat.
Et là, cette sensation familière te submerge. Ton ventre se noue, ta gorge se serre, tu sens ton corps qui veut se recroqueviller, disparaître. Tu es invisible.
Tu te forces à rester encore un peu, à sourire, à hocher la tête quand les autres parlent. Mais intérieurement, tu es déjà partie. Tu te dissocie, tu pars dans ta tête, tu comptes les minutes avant de pouvoir rentrer chez toi sans que ça ne paraisse bizarre.
Tu rentres chez toi et là, le flot de pensées débarque. "De toute façon, ma présence ne change rien." "Les gens s'en foutent que je sois là ou pas." "J'ai essayé de parler et personne ne m’a écouté, c'est la preuve que ce que j'ai à dire n'a aucun intérêt." "Je prends trop de place quand je parle." "Je devrais peut-être arrêter d'essayer, ça sera plus simple pour tout le monde. Je suis de trop. Je n'aurais pas dû venir. Je n’aurais jamais dû venir au monde."
Tu te dis que tu exagères, que c'est juste une soirée qui s'est mal passée. Mais au fond de toi, tu sais que c'est plus que ça. Cette sensation, tu la connais par cœur. Elle était déjà là quand tu avais 10 ans et que personne ne te choisissait pour les équipes en sport. Elle était là quand tu avais 15 ans et que tu mangeais seule à la cantine. Elle est toujours là, tapie dans l'ombre, prête à ressurgir au moindre signe que ta présence n’est pas remarquée.
Mais cette sensation ne vient pas de cette soirée. Elle ne vient pas non plus de l'école ou de l'adolescence. Elle vient d'une blessure qui s'est formée quand tu étais toute petite, avant même que tu ne puisses mettre de mots dessus. Une blessure que l’on appelle la blessure du rejet.
Aujourd'hui, on va comprendre ensemble comment cette blessure se forme, comment elle influence ta vie d'adulte, et pourquoi tu réagis comme tu réagis dans certaines situations.
C'est quoi exactement, la blessure du rejet ?
La blessure du rejet, ce n'est pas juste "ne pas être aimé" ou vivre des moments de solitude. C'est la sensation d'être rejeté dans ton existence, non pas pour ce que tu fais mais pour ce que tu es. C'est cette conviction intérieure que ta présence dérange, que tu n'aurais pas dû naître, que tu es de trop.
On confond souvent rejet et abandon, mais la différence c’est que l'abandon c'est "tu étais là mais tu es parti", tandis que le rejet c'est "je ne veux pas de toi, tu ne devrais pas exister".
La différence entre rejet situationnel et blessure du rejet
Attention à ne pas confondre une expérience ponctuelle de rejet avec la blessure du rejet.
Le rejet situationnel
Tout le monde vit des rejets dans sa vie. Un refus amoureux, un poste non obtenu, une amitié qui se termine. C'est douloureux, c'est difficile, mais ça ne crée pas nécessairement une blessure du rejet.
Tu peux vivre un rejet et te dire "ok, cette personne ne veut pas de moi, c'est douloureux mais ça ne remet pas en question mon droit d'exister". Tu peux être triste, déçue, en colère, puis passer à autre chose.
La blessure du rejet
Quand tu la portes, chaque situation de rejet réactive ta blessure originelle. Ce n'est plus "cette personne ne veut pas de relation avec moi", c'est "je ne devrais pas exister, j'avais raison, je suis rejetable".
La douleur est disproportionnée par rapport à la situation. Ton système nerveux réagit comme si ta survie était en jeu. Tu ne te remets pas d'un rejet ponctuel en quelques jours ou semaines, tu replonges dans une détresse existentielle profonde.
Cette blessure touche ton droit d'exister, et c'est pour ça qu'elle est si profonde. Tu ne remets pas en question tes comportements ou tes choix, tu remets en question toute ton existence.
Comment naît la blessure du rejet ?
La blessure du rejet se forme très tôt. Principalement entre la conception et 6 ans, pendant cette période où ton cerveau est en pleine formation et où tu dépends physiquement et émotionnellement de tes parents pour survivre.
En psychologie,elle correspond à ce qu'on nomme un schéma précoce de rejet/non-appartenance ou à un attachement insécure évitant ou désorganisé. C'est quelque chose qui s'ancre dans ton système nerveux et ton cerveau en développement.
Le mécanisme central : comment un enfant interprète le rejet
Quand un enfant fait l'expérience répétée de ne pas être accueilli émotionnellement, il ne se dit pas : "mes parents sont dépassés" ou "ils ont leurs propres problèmes". Son cerveau n'est pas assez mature pour faire cette analyse. Ce qu'il ressent au plus profond de lui, c'est : "Il y a quelque chose de fondamentalement mauvais chez moi. Je suis de trop."
Cette conclusion n'est même pas consciente. Elle ne passe pas par des mots ou des pensées claires. Elle s'encode directement dans la partie émotionnelle de ton cerveau.
Les situations qui créent la blessure
Attention, la blessure du rejet ne naît pas d'un seul événement dramatique. Elle naît de micro-absences répétées, d'un manque chronique de validation émotionnelle, sans réparation affective.
1. Le rejet émotionnel (le plus fréquent)
C'est quand tes besoins émotionnels ne sont pas reconnus. Tu as peur, tu es triste, tu es en colère, et on te répond "arrête", "c'est rien", "tu exagères". Tes émotions sont minimisées, ignorées, balayées.
Un parent qui ne te réconforte jamais. Un parent froid, distant, émotionnellement absent. Un parent dépressif qui n'a pas suffisamment d'énergie pour t’apporter une sécurité émotionnelle solide. Un parent surchargé qui gère ta survie physique mais pas ta survie émotionnelle.
Tu peux être nourrie, logée, soignée, avoir tous tes besoins matériels couverts, et quand même développer cette blessure. Parce que ce qui manque, c'est la connexion émotionnelle, le regard qui te voit vraiment, la présence qui te dit "tu existes et c'est suffisant pour que je t’aime."
2. L'amour conditionnel
Tu es valorisée uniquement quand tu corresponds à une attente. Quand tu es sage, performante, discrète. Quand tu es "facile". Quand tu te conformes à un idéal.
Le message implicite que tu reçois c’est : "Tu es acceptable seulement sous conditions. Ton vrai toi n'est pas assez bien."
Tu apprends vite à cacher qui tu es vraiment pour recevoir un minimum d'attention et d'affection. Tu deviens ce qu'on attend de toi. Et ton vrai toi, tu l'enfouis si profondément que tu finis par oublier qu'il existe.
3. Le non-désir ou le non-accueil
Même sans qu'on ne te le dise explicitement, tu perçois le regret parental. La déception. Le fait que ton sexe n'était pas celui attendu. Que ton caractère ne correspond pas à ce qu'ils voulaient. Que ta place dans la fratrie n'était pas prévue.
Une grossesse non désirée qui n'a jamais été élaborée psychiquement. Des parents qui se sont sentis obligés de te garder. Ce sentiment que tu es arrivée au mauvais moment, que tu as perturbé leur vie.
4. Les comparaisons et les mises à l'écart
La comparaison constante avec un frère ou une sœur qui, eux, sont "parfaits". Le favoritisme flagrant ou subtil. Les moqueries répétées, les humiliations "éducatives" du type "regarde ta sœur, elle au moins elle est comme ci..."
Tu apprends à associer ta différence à une exclusion. À penser que si tu n'es pas comme l'autre, tu n'as pas ta place.
5. Le rejet du parent du même sexe
Souvent, cette blessure se crée spécifiquement avec le parent du même sexe que toi. Une mère qui rejette sa fille, un père qui rejette son fils.
Pourquoi c'est si dévastateur ? Parce que c'est avec ce parent-là que tu es censée t'identifier, construire ton identité de genre, te reconnaître. C'est ton miroir. Et si ce miroir te rejette, le message que tu reçois est : "Je ne veux pas de toi tel que tu es."
Mais attention, le parent de sexe opposé joue aussi un rôle important. S'il ne compense pas le rejet de l'autre parent, s'il valide ce rejet ou reste passif face à lui, la blessure se creuse encore plus. Tu te retrouves face à un double message : "Même lui/elle ne me défend pas, donc c'est vrai, je ne mérite pas d'exister."
L'âge critique : pourquoi c'est si durable ?
Avant 3 ans : elle s'encode au niveau corporel et émotionnel. Ton corps apprend qu'être toi n'est pas sûr.
Entre 3 et 6 ans : elle s'inscrit au niveau de l'identité. "Qui je suis" devient problématique.
À cet âge-là, ton cerveau n'est pas suffisamment mature pour relativiser, prendre du recul et comprendre que le problème vient de tes parents. Tout ce que tu sais, c'est que quelque chose ne va pas, et que ce quelque chose, c'est forcément toi.
Ce que ton cerveau enregistre
Ton système nerveux encode un message simple : "Je ne suis pas en sécurité.” “Être moi = risque d'exclusion."
Ça devient un schéma automatique, pas une croyance consciente que tu peux identifier et changer facilement. C'est gravé dans des zones de ton cerveau qui fonctionnent en pilote automatique, en dehors de ta conscience.
La dissociation comme mécanisme de défense
Face au rejet, beaucoup d'enfants développent une forme de dissociation. Tu te coupes de ton corps, de tes émotions, de tes besoins. Tu te fais petit, discret, invisible. Parce que si tu n'existes pas vraiment, tu ne peux pas être rejeté.
Cette dissociation devient ton mode de fonctionnement par défaut. Même adulte, tu continues à te couper de toi-même pour éviter de sentir cette douleur du rejet.
L'activation du système de survie
Être rejeté par ton parent en étant enfant est une menace de survie réelle. Tu dépends de lui pour vivre. Ton système nerveux se met en mode alerte maximale. Il développe des stratégies pour minimiser le rejet, te rendre acceptable et survivre malgré tout.
Les stratégies de survie qui se mettent en place
Pour survivre à cette situation, l'enfant que tu étais a développé des stratégies :
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Te rendre invisible : Si on ne te voit pas, on ne peut pas te rejeter activement.
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Te suradapter : Devenir exactement ce qu'on attend de toi pour avoir une chance d'être acceptée.
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Couper tes émotions : Si tu ne ressens rien, alors ça fait moins mal.
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T'auto-rejeter avant d'être rejetée : Anticiper le rejet pour avoir l'impression de le contrôler.
Ce sont des mécanismes de protection, pas des défauts. Ton système nerveux a fait ce qu'il pouvait avec les ressources qu'il avait. Et ça a marché. Tu as survécu. Mais le problème, c'est que ces stratégies continuent à tourner même quand tu n'en as plus besoin.
Les manifestations de la blessure à l'âge adulte
Cette blessure ne disparaît pas par magie quand tu grandis. Elle continue à influencer ta vie, tes relations, ta façon d'être, et ta vision du monde.
1. La sensation d'être invisible
Tu as l'impression que les gens ne te voient pas vraiment. Dans une conversation de groupe, on t'interrompt, on ignore tes commentaires, on oublie de te demander ton avis. Et toi, tu trouves ça normal. Après tout, pourquoi est-ce qu'on s'intéresserait à toi ?
Tu ne dis rien quand on te coupe la parole. Tu ne revendiques pas ta place. Parce qu'au fond, tu es convaincue que tu ne la mérites pas.
2. La difficulté à prendre ta place
Au travail, tu te fais toute petite. Tu as des idées mais tu ne les proposes jamais. Tu as des compétences mais tu ne les mets pas en avant. Tu laisses les autres briller, prendre les crédits, occuper l'espace.
Tu te dis que c'est de l'humilité, que tu n'aimes pas te mettre en avant. Mais en réalité, c'est la terreur d'être vue et ensuite rejetée. Mieux vaut rester invisible que risquer d'être repoussée.
3. La fuite et l'isolement
Face à une situation qui pourrait mener au rejet, tu fuis. Tu annules les plans. Tu évites les gens. Tu te réfugies dans la solitude.
Tu te dis que tu es indépendante, que tu préfères être seule. Mais souvent, c'est juste que tu as tellement peur du rejet que tu le devances. Tu te rejettes toi-même avant que les autres n'aient l'occasion de le faire.
4. L'hyper-adaptation
Tu deviens un caméléon. Tu t'adaptes à chaque personne, à chaque situation. Tu changes ta personnalité, tes opinions, tes goûts pour correspondre à ce que l'autre attend. Parce que si tu es exactement ce qu'on veut que tu sois, peut-être qu'on ne te rejettera pas.
Le problème c’est que tu ne sais plus qui tu es vraiment. Tu as tellement l'habitude de te modeler selon les autres que tu as perdu contact avec ta propre identité.
5. La panique face au rejet
Un texto sans réponse pendant quelques heures ? C'est la catastrophe. Quelqu'un qui annule un rendez-vous ? Tu es convaincue que c'est parce qu'il ne veut plus te voir. Une critique constructive au travail ? Tu entends "tu es nulle, on ne veut pas de toi ici".
Ton système nerveux réagit au moindre signe de rejet potentiel comme à une menace de mort. Parce que pour l'enfant que tu étais, c'en était une.
6. Les relations toxiques
Paradoxalement, tu attires souvent des gens qui te rejettent. Tu restes dans des relations où tu n'es pas valorisée, où on te fait sentir de trop. Pourquoi ? Parce que c'est familier. C'est ce que tu connais. C'est ce que ton système nerveux reconnaît comme "normal".
Et puis, inconsciemment, tu te dis que si tu arrives à te faire aimer par quelqu'un qui te rejette, tu auras enfin la preuve que tu mérites d'exister.
7. La difficulté à recevoir
On te fait un compliment ? Tu le minimises. On t'offre un cadeau ? Tu te sens mal à l'aise. On veut t'aider ? Tu refuses. Parce que recevoir, c'est reconnaître que tu as de la valeur, que tu mérites quelque chose. Et ça, ta blessure t’empêche de l'accepter.
Le masque du fuyant
Face à la blessure du rejet, tu développes ce qu'on appelle un "masque du fuyant". C'est ta stratégie de survie, ta façon de te protéger de la douleur.
Qu'est-ce que le masque du fuyant ?
C'est cette partie de toi qui fuit les situations, les émotions, les relations. Qui se fait discrète, qui s'efface, qui disparaît. Qui préfère ne pas exister plutôt que risquer d'être rejetée.
Les caractéristiques du fuyant
Tu as tendance à te dissocier facilement. À partir dans ta tête, dans tes pensées, dans ton monde imaginaire. Tu es souvent dans la lune, ailleurs, tu n’es pas vraiment présente.
Tu as du mal à t'incarner dans ton corps. Tu te sens souvent déconnectée de tes sensations physiques.
Tu as besoin de beaucoup de temps seule pour te ressourcer. Pas juste parce que tu es introvertie, mais parce que la présence des autres te rappelle constamment que tu existes, et donc que tu peux être rejetée.
Tu as tendance à minimiser tes besoins, à ne rien demander, à te contenter de peu. Parce que avoir des besoins, c'est prendre de la place, et prendre de la place c'est risquer le rejet.
Le prix du masque
Ce masque te protège, mais il t'emprisonne aussi. En fuyant constamment, tu ne construis pas de vraies connexions. En te faisant invisible, tu ne vis pas vraiment ta vie. En te coupant de toi-même, tu perds l’accès à ta richesse intérieure, à tes talents, à ta singularité.
Comment reconnaître si tu portes cette blessure ?
Voici quelques questions à te poser. Si tu réponds oui à plusieurs d'entre elles, il y a de fortes chances que tu portes cette blessure.
As-tu souvent l'impression d'être invisible, que les gens ne te voient pas vraiment ?
As-tu du mal à prendre ta place dans un groupe, à t'affirmer, à exprimer tes besoins ?
As-tu tendance à fuir les situations sociales ou à te sentir épuisée après ?
Te dissocies-tu facilement ? Pars-tu souvent dans ta tête, te sens-tu déconnectée de ton corps ?
As-tu peur d'être vue, d'attirer l'attention sur toi ?
Minimises-tu systématiquement tes réussites, tes qualités, tes besoins ?
As-tu l'impression de ne pas avoir ta place, d'être de trop ?
Te sens-tu souvent seule même entourée de gens ?
As-tu du mal à recevoir : compliments, cadeaux, aide ?
Passes-tu beaucoup de temps seule et te sens-tu coupable quand tu as envie de socialiser ?
Le lien avec les autres blessures
Les cinq blessures de l'âme (rejet, abandon, humiliation, trahison, injustice) sont rarement isolées. Tu en portes souvent plusieurs, avec une ou deux dominantes.
Rejet + Abandon
Ces deux blessures sont proches. Le rejet touche ton droit d'exister, l'abandon touche ta peur d'être laissée seule. Si tu portes les deux, tu es dans un conflit permanent entre ta peur d'être vue (rejet) et ta peur d'être seule (abandon).
Rejet + Humiliation
La blessure d'humiliation touche ton corps et ta honte d'exister physiquement. Couplée au rejet, elle renforce cette conviction que ton existence est un problème.
L'importance de comprendre ta blessure principale
Identifier quelle blessure est la plus active chez toi te permet de comprendre tes réactions, tes comportements, tes zones de travail prioritaires. Ce n'est pas pour te coller une étiquette, mais pour mieux te comprendre.
Pourquoi c'est si difficile d'en guérir ?
Elle touche ton identité
Ce n'est pas "j'ai un comportement problématique", c'est "je suis problématique". Quand ta conviction de base est que tu ne devrais pas exister, comment fais-tu pour exister pleinement ?
Elle se renforce elle-même
Plus tu fuis, plus tu te fais invisible, moins les gens te voient. Et ça te donne la confirmation que ton existence ne compte pas. C'est un cercle vicieux parfait.
Elle résiste au rationnel
Tu peux comprendre intellectuellement que tu as le droit d'exister. Tu peux te répéter des affirmations positives. Mais ta blessure ne se situe pas au niveau du rationnel. Elle est dans ton corps, dans ton système nerveux, dans des zones de ton cerveau qui ne parlent pas le langage des mots.
Les chemins de la guérison
Guérir la blessure du rejet, c'est possible. Non pas en claquant des doigts, ni avec des affirmations positives, mais avec un travail profond et progressif.
Apprendre à s'incarner
Le premier pas, c'est de revenir dans ton corps. Sentir que tu as un corps, que tu occupes de l'espace, que tu as le droit d'être là physiquement. Les pratiques corporelles sont très bénéfiques (yoga, danse, sport, massage…) tout ce qui te permet de sentir ton corps de l'intérieur.
Pratiquer la présence
Arrêter de fuir constamment. Rester présente, même quand c'est inconfortable. Tu peux commencer petit en restant présente une minute dans une conversation, puis deux, puis cinq. C'est un muscle qui se développe progressivement.
Oser prendre ta place
Exprimer une opinion. Demander quelque chose. Dire non. Prendre de la place physiquement (s'asseoir en prenant ses aises, parler plus fort). A chaque fois que tu le fais, tu envoies un message à ton système nerveux : "j'ai le droit d'exister".
Travailler sur la dissociation
Apprendre à reconnaître quand tu te dissocies. Développer des techniques pour te ramener au présent (respiration, ancrage sensoriel, mouvement…) La dissociation a été utile, mais maintenant tu peux apprendre d'autres façons de gérer l'inconfort.
Reconstruire ton identité
Explorer qui tu es vraiment, en dehors de l'adaptation aux autres. Quels sont tes goûts, tes envies, tes valeurs ? Qu'est-ce qui te fait vibrer ? C'est un travail de reconnexion à ta singularité.
Thérapie et accompagnement
Un accompagnement thérapeutique est souvent nécessaire. Les approches qui travaillent sur le corps sont particulièrement efficaces : thérapie somatique, EMDR, psychothérapie corporelle. Parce que ta blessure est stockée dans ton corps, pas seulement dans ta tête.
La neuroplasticité à l'œuvre
A Chaque fois que tu choisis de rester présente plutôt que de fuir, à chaque fois que tu prends ta place plutôt que de te faire invisible, tu crées de nouvelles connexions neuronales. Ton cerveau apprend qu'exister n'est pas dangereux. Ça prend du temps, de la répétition, mais ça fonctionne.
Conclusion
La blessure du rejet est probablement l'une des plus difficiles à identifier et à guérir. Pourquoi ? Parce qu'elle te pousse justement à ne pas te faire voir, à ne pas prendre de place, à ne pas demander d'aide. Tu souffres en silence, convaincue que personne ne s'intéresse vraiment à ce que tu vis.
Il y a quelque chose de particulièrement pervers dans cette blessure c’est qu’elle se nourrit d'elle-même. Plus tu te fais invisible pour éviter le rejet, moins les gens te voient. Et moins ils te voient, plus ton système nerveux reçoit la confirmation que tu n'existes pas vraiment, que ta présence ne compte pas. C'est un cercle vicieux qui se renforce à chaque interaction sociale où tu te tais, où tu t'effaces, où tu disparais.
Ce qui rend la guérison encore plus complexe, c'est que la blessure du rejet crée souvent une forme de dissociation chronique. Tu n'es pas juste déconnectée de temps en temps, tu vis en permanence à côté dans un monde imaginaire. Tu observes ta vie au lieu de la vivre. Tu es spectatrice de ton existence plutôt qu'actrice. Et cette dissociation, bien qu'elle t'ait protégée enfant, t'empêche maintenant d'accéder pleinement à tes ressources intérieures, à ta force, à ta singularité, à ta véritable identité.
Il y a aussi un aspect souvent méconnu qui est que la blessure du rejet peut te pousser vers des addictions et des comportements compulsifs. Pas forcément des addictions aux substances, mais aux écrans, aux séries, aux livres, aux jeux vidéo. Tout ce qui te permet de ne pas être présente, de fuir cette réalité où tu as l'impression de ne pas avoir ta place. Ces comportements sont des tentatives de soulagement, des façons de supporter l'insupportable, elles te donnent la sensation d'exister sans vraiment exister.
La relation que tu entretiens avec ton corps est également touchée. Quand tu portes cette blessure, ton corps devient souvent un ennemi, quelque chose qui te trahit en te rendant visible. Tu peux développer des troubles alimentaires (manger très peu pour prendre moins de place, ou au contraire manger beaucoup pour créer une barrière), des problèmes de posture chroniques (épaules rentrées, dos voûté), ou même une déconnexion totale de tes sensations physiques.
Sur le plan relationnel, la blessure du rejet crée un paradoxe douloureux. Tu as terriblement besoin de connexion humaine, mais tu es persuadée que personne ne voudra vraiment de toi. Alors tu attends. Tu attends qu'on vienne vers toi, qu'on insiste, qu'on te prouve que tu comptes. Mais comme tu te rends invisible, les gens ne viennent pas vers toi naturellement. Et ton système nerveux interprète ça comme une confirmation : "Tu vois, j'avais raison, personne ne veut de moi."
Une autre dimension importante : cette blessure affecte ta capacité à créer, à t'exprimer, à partager tes talents. Parce que créer c'est exister, c'est dire "voilà qui je suis, voilà ce que j'ai à offrir au monde". Et si tu portes cette blessure, l'idée même de te montrer ainsi est terrifiante. Combien de projets tu as commencés sans jamais les finir ou les partager ? Combien de talents tu gardes cachés par peur du jugement, du rejet ?
La guérison de cette blessure passe par un processus que les thérapeutes appellent la "réparation relationnelle". Tu as besoin d'expériences où tu es vue, accueillie, acceptée tel que tu es. Pas pour ce que tu fais, pas sous conditions, mais simplement pour ton existence. C'est souvent dans une relation thérapeutique que cette réparation commence, parce que c'est un espace sécurisé où tu peux progressivement risquer d'être toi-même sans te faire rejeter.
Mais attention, la guérison ne signifie pas que tu ne ressentiras plus jamais la douleur du rejet. Ça signifie que quand tu vivras un rejet situationnel (parce que oui, ça arrivera, c'est la vie), tu ne plongeras plus dans cette détresse existentielle. Tu pourras te dire "cette personne ne veut pas de relation avec moi" sans que ça devienne "je ne devrais pas exister". C'est une nuance non négligeable.
La blessure du rejet t'a peut-être volé des années de ta vie. Des années où tu aurais pu briller, créer, aimer, exister pleinement. Mais elle t'a aussi rendu sensible, empathique, capable de voir les autres dans leur fragilité. Ces qualités ont un prix, mais elles ont aussi une valeur. La guérison, c'est apprendre à garder ces dons sans continuer à porter le fardeau.
Si tu sens que cet article t'a parlé, que certaines prises de conscience ont émergé en toi ou que tu t'es reconnue dans certains passages, je t'invite à partager ton ressenti en commentaires. Tes mots peuvent éclairer quelqu'un d'autre, ouvrir une nouvelle perspective ou simplement créer un espace où l'on se sent moins seule. Dis-moi ce que tu en as pensé, ce que tu retiens, et ce que tu souhaites explorer davantage.
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